Page:Fiel - Prudence Rocaleux, 1945.pdf/151

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
153
prudence rocaleux

ne me la raccommoderait… Ah ! c’est bien le moment de la résignation.

En voyant les dispositions calmes de sa domestique, Mme Dilaret eut un soupir de délivrance. Elle craignait des plaintes et des récriminations contre le sort. Mais non !… Prudence acceptait le destin avec philosophie. Elle s’enquit de la liste des emplettes et se prépara pour sortir. Elle ouvrait la porte de service quand elle se ravisa pour dire :

— Madame croit-elle que je devrais envoyer un télégramme à Julie pour la prévenir que je retarde mon voyage ?

— Pourquoi ne partiriez-vous pas ?

— Dame ! avec cette affaire !

— Je ne pense pas qu’on ait besoin de vous… Si quelqu’un vient ici, je dirai où vous êtes… et ils vous attendront… Monsieur s’occupera de cela…

— Alors, je laisse le programme convenu ?

— Mais oui…

Prudence parut soulagée et son visage se rasséréna.

— Ça me faisait peine de ne pas partir ! Madame comprendra quel plaisir c’est pour moi de me croire une dame pendant quelques jours… Quand j’ai goûté de la campagne, c’était toujours comme domestique. Je servais… je portais les bagages et je peux dire que cela me semblait lourd ! Demain, je n’aurai que ma mallette et je me prendrai pour une reine pour de vrai ! Je serai dans une maison où je m’assoirai à la table des maîtresses… On me servira… Comme il est juste, j’aiderai un peu, mais en amie, tout à la douce… Que Madame se rende compte…

— Oui, Prudence… Il serait peut-être temps de vous en aller… l’heure tourne…

— Oui, et ma langue aussi !… Madame a raison… je file…