Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/107

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Poligny, Semur, etc. L’achèvement du tombeau de Jean sans Peur fut confié à Jean de la Huerta[1], sculpteur aragonais qui toutefois n’obtint pas officiellement la commande du travail. Cet imagier méridional sut se passer de titre. On avait contrarié Claes Van de Werve ; Jean de Huerta en revanche allait donner du fil à retordre à tout son entourage. C’était un « aventureux, besoigneux et madré compagnon », toujours gaudissant, buvant, chantant, jouant, grand artiste dans l’art de vider les flacons, réclamant



Plourants des tombeaux des ducs de Bourgogne
(Musée de Dijon)

sans cesse des acomptes, abandonnant sans scrupule le tombeau pour travailler à droite et à gauche. Un jour il fonde une société pour l’exploitation en Bourgogne « des mines d’or, d’argent, d’azur, de plomb, et autres métaux » ; un autre jour il menace de sa dague « monsieur le Vicomte Mayeur » de Dijon et doit crier merci en plein conseil, ce qui ne l’empêche pas de se faire commander pour la porte de l’hôtel de ville « une belle ymaige de Nostre-Dame ». Estimant que sa situation manque de stabilité il se rend à Bruxelles, voit le duc et obtient des appointements fixes. Il rentre à Dijon, mais à peine son crédit est-il épuisé qu’il décampe. On fait une descente dans son atelier, on trouve les anges, les plourants, les angelots, une partie des tabernacles préparés pour le cénotaphe de Jean sans Peur et les « représentations des deux gisants rompues de travers ». Comme on avait des trésors d’indulgence pour ce Gil Blas de la sculpture, on espéra son retour pendant cinq ans… Finalement on

  1. Cf. ibid