Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 1.djvu/497

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LE PARATONNERRE


CHAPITRE PREMIER

idées des anciens sur la foudre et les orages. — opinions des philosophes et des physiciens, dans les XVIIe et XVIIIe siècles, sur la cause du tonnerre : théorie de descartes, de boerhaave. — théorie classique du XVIIIe siècle sur la nature de la foudre. — moyens employés chez les anciens pour écarter la foudre. — temps mythologiques : prométhée, salmonée, zoroastre. — temps historiques : numa et tullus hostilius. — sylvius alladas. — aruns. — les médailles de m. laboessière. — le temple de jérusalem. — les vignes blanches et les peaux de veau marin employées chez les romains pour écarter la foudre. — épées plantées en l’air par les compagnons de xénophon. — les thraces déchargent des flèches contre les nuages orageux. — procédé de l’alchimiste abraham de gotha. — les perches plantées en terre, recommandées par gerbert. — conclusion.

L’imposant météore de la foudre a toujours fortement impressionné l’esprit des hommes. Les nuées qui s’entr’ouvrent, et font jaillir subitement une éblouissante clarté ; le tonnerre qui retentit en roulements prolongés, et dont les échos répercutent au loin et redoublent les grondements sinistres ; la foudre qui s’élance en traits de feu, et porte sur son passage la destruction et la mort ; tout cet ensemble d’un phénomène effrayant et majestueux, a, de tout temps, exercé sur l’imagination une influence profonde [1]. Dans l’enfance des peuples, avec les préjugés qui obscurcissaient l’esprit des sociétés primitives, on ne put s’empêcher d’attribuer à ce phénomène une source divine, d’y voir la manifestation du courroux des dieux. Ces signes effrayants qui brillaient au sein des airs, reproduisaient avec tant de fidélité tout ce qu’avaient évoqué l’imagination des poètes ou les menaces des prêtres, qu’il était presque impossible que l’on n’y trouvât point un témoignage du ciel armé contre la terre, ou l’indice de la présence des dieux irrités. Les anciens législateurs et les premiers rois, ne manquèrent pas de profiter largement d’un fait naturel qui prêtait tant de poids à leur autorité, qui retenait par la crainte les peuples dans le devoir, et qui était si propre à les maintenir dans une erreur favorable à leurs desseins politiques. Aussi voit-on cette idée de l’origine divine du tonnerre apparaître dès les premiers temps de l’humanité, se montrer uniformément au berceau de chaque nation, et persévérer chez les anciens peuples avec une constance invincible.

Les premiers philosophes de la Grèce tentèrent, par leurs poétiques fictions, de modifier cette notion primitive et universelle dans

  1. Les mots de foudre et de tonnerre ne sont pas synonymes. Pour la grammaire, comme pour la physique, le tonnerre est le bruit qui précède ou accompagne le trait de foudre.