Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/176

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utile, inaperçu jusque-là, et qui apportait quelque éclaircissement à la connaissance d’un fait historique !

Une singularité du même genre, c’est-à-dire une révélation faite par la photographie, de signes ou traits invisibles à l’œil, a été mise en évidence par une autre application de cet art. Nous voulons parler de la reproduction des manuscrits anciens.

Quand on voit avec quelle perfection les plus fines gravures, les corps d’écriture les plus compliqués, sont reproduits par la photographie, perfection telle qu’il est quelquefois difficile de distinguer le modèle de l’original, on comprend de quel avantage serait la photographie pour composer des fac-simile de manuscrits, pour multiplier ces spécimens et les répandre dans le commerce. Les amateurs pourraient ainsi se procurer, à peu de frais, des copies de manuscrits qui demeurent aujourd’hui consignés dans les bibliothèques, et dont l’existence même est souvent ignorée. Des échanges pourraient s’établir par le même moyen. Grâce au nombre illimité d’exemplaires que fournit le tirage photographique, des documents précieux seraient répandus et vulgarisés ; les travaux des érudits seraient singulièrement facilités ; en un mot, on verrait se briser le cercle étroit dans lequel ces trésors de la science et de l’art semblaient condamnés à rester.

C’est ce qu’a compris un de nos photographes les plus habiles et en même temps les plus instruits, M. Camille Silvy, qui a dirigé à Londres un des plus importants établissements de photographie. C’est là que lui vint l’idée de s’adonner à la reproduction des manuscrits, dans le but de faire une réalité pratique des avantages que nous énumérions plus haut, mais qui ne peuvent exister qu’à la condition d’une entreprise régulière et bien conduite.

M. Vincent, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, présenta à cette académie, en 1860, le premier fac-simile de manuscrit publié par M. Silvy ; c’était le manuscrit Sforza, appartenant à M. le marquis d’Azeglio, ambassadeur du Piémont à Londres. L’initiative et la générosité éclairée de M. le marquis d’Azeglio seront sans doute imitées par les établissements publics qui possèdent de précieuses collections de ce genre, et l’œuvre inaugurée à l’étranger par notre compatriote, pourra trouver des imitateurs.

La reproduction photographique du manuscrit Sforza est identique au modèle par ses dimensions ; les dessins et ornements marginaux sont rendus dans toute leur perfection naïve. Dans un petit livre joint à la copie de ce manuscrit, M. le marquis d’Azeglio a donné l’histoire et l’explication, page par page, de ce manuscrit.

Fait étrange ! Il s’est trouvé que la copie était plus lisible que l’original, et que certains passages qui ne pouvaient se déchiffrer sur le précieux parchemin, étaient mis parfaitement au jour par cette révivification des caractères. De telle sorte que la reproduction photographique d’un manuscrit donne non-seulement un fac-simile exact de l’écriture, mais peut même, habilement dirigée, servir d’instrument de restauration. Ce fait est particulièrement appréciable à la dernière page du manuscrit Sforza, où une note, écrite en allemand, au-dessous de la signature, a été rappelée du sein même du parchemin, qui l’avait absorbée dans sa substance, et est devenue visible sur la copie, alors qu’elle ne l’était plus sur l’original.

Pour s’expliquer ce résultat extraordinaire, il faut considérer que sur les vieux parchemins, l’encre, altérée par le temps, prend une teinte jaunâtre, souvent identique à la teinte même du parchemin, ce qui en rend la lecture très-difficile. Or, il arrive, pendant la reproduction photographique, que les parties brillantes et polies du parchemin réfléchissent beaucoup mieux la lumière que celles où a été déposée l’encre, qui est mate