Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/10

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Le mot salé ne l’effraye pas outre mesure. Il en abuse parfois en petit comité, s’il ne sait pas toujours le dissimuler sous une couche suffisante de vernis.

Il n’a pas autant que son aïeul le Français l’art de dire des choses inconvenantes d’une façon convenable.

On lui a souvent répété qu’il parle la langue de Racine ; ne vous étonnez donc pas si, dans ses accès d’archaïsme, il s’efforce de remonter jusqu’à Rabelais et y parvient dans une certaine mesure.

Les anecdotes que vous livrez à la publicité nous le peignent assez bien, ce qui n’empêchera pas certains de vos personnages de rester mal peignés.

Ce n’est pas votre faute : il faut leur laisser la tête qu’ils ont. Grimés d’une autre manière, ils n’auraient plus de raison d’être.

Toutefois, si vous entreprenez de présenter au public tous les originaux du terroir, vous en entreprenez là un tannant de stunt, comme dirait Jules Lemaître. Vous avez un job qui durera jusqu’au jugement dernier, le plus redouté des jugements à cause de son incontestable justice.

Et maintenant que je vous ai fait pleurer, faites-moi rire.

Rémi Tremblay