Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/23

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homards vivants. C’étaient, à cette époque, des homards de 16 à 20 pouces de longueur, non pas des avortons comme ceux d’aujourd’hui. Il en acheta un de taille respectable et en revenant à la pension nous eûmes la précaution de nous munir d’un flacon de gin de cinq demiards. Comme je demandais à Oscar ce qu’il comptait faire de ce crustacé qui aurait pu être utile s’il eût été cuit, il me répondit :

— Quittes faire, j’ai mon idée.

Le Toulousain nous invita à entrer dans sa chambre et le gin disparut bientôt. On avait réussi à faire sortir notre Toulousain pendant quelques minutes, et mon bon ami Lavigne avait mis le homard sous les couvertures de son lit. Vers onze heures on couchait notre homme à peu près plein. Dix minutes plus tard, le homard, qui s’était orienté à reculons, pinçait le Toulousain à l’endroit le plus sensible de sa personne. Il sauta hors du lit :

— Nom d’une pipe ! qu’est-ce que c’est qu’ça ?

— Ça, dit Lavigne, c’est les punaises du Canada. Tapez ça en France, si vous êtes capable.


Les mots qui restent :

En Cour Supérieure, un avocat de Montréal bien connu par ses expressions pittoresques, s’adresse au Président du tribunal. C’était une cause au sujet de la pension d’un cheval de trait qui mangeait au râtelier depuis plusieurs mois à ne rien faire.

« Croyez-vous en bonne foi, Votre Honneur, que nous allons garder ce cheval les deux bras croisés dans notre écurie beaucoup plus longtemps ? Ce serait absurde. »