Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/37

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


BAPTISSETTE DUFOUR



IL y avait autrefois à Sainte-Thérèse un type extraordinaire qui répondait au nom de Baptissette Dufour. On ne trouvera jamais un être aussi original que celui-là ! Maquignon, il l’était dans toute la force du mot. Au point de vue physique, il était hybride, tenant du macaque et de l’ours. Hirsute, mal peigné, mal léché, il était cependant d’une intelligence peu ordinaire, quand il s’agissait de ses intérêts ; et il faut bien le dire, il ne songeait qu’à ces mêmes intérêts. Quand il brocantait un cheval quelconque, si l’animal avait perdu une partie de son poil quelque part, il lui collait de la peau de génisse de sa couleur, et il avait toujours dans ses poches une fiole de térébenthine pour activer son allure. Cela ne ratait jamais son effet, et le diable entrait dans le corps du cheval qu’il vendait invariablement à de bonnes conditions.

M. le curé Ducharme, le plus brave homme de la création, possédait un bouquet de bois au tournant de la montée de la Côte Saint-Louis, à un mille environ du village.