Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/38

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Quand les finances de Baptissette étaient à la baisse, il se rendait au bois de M. le curé, coupait un voyage de bois, et venait le vendre au village.

Mon père, qui était notaire de son métier, avait son bureau au centre du village dans une maison à deux étages, collée à une autre maison basse et un magasin au coin occupé par M. McIntyre. Les dépendances étaient à l’arrière, mais il n’y avait pas de barrières. C’est-à-dire qu’on rentrait par un bout et qu’on sortait par l’autre sans aucune entrave.

Baptissette revenait du bois avec sa charge et en arrivant sous les fenêtres du bureau du père, il le hélait :

— Paul ! veux-tu acheter un voyage de bois ?

— Combien ?

— Quat’livres dix.

— C’est bon, Baptissette. Fais le tour.

Il lui donnait l’argent et Baptissette faisait le tour sans décharger le bois, et passait par l’autre rue pour se rendre au séminaire.

— Bonjour, M’sieu le curé.

— Comment ça va-t-il, Baptissette ?

— Ça va pas ben, M’sieu l’curé, j’sus ben pauvre. J’ai un voyage de bois à vendre. Voulez-vous l’ach’ter ?

— Combien ?

— Comme c’est à vous, j’vas vous l’aisser pour trois trente sous.


— Savez-vous ce que c’est qu’une embardée ?

— Non.

— C’est d’essayer de faire manger un bœuf avec une cuiller.