Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/121

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 1 1 5 nègre. Le lendemain matin, pendant que nous faisions nos ablutions, le pacha entra dans notre chambre en nous amenant le médecin du régi- ment, un ltalien parlant parfaitement français et qui nous fit les honneurs du pays. Grace a cet excellent homme, nous passames une journée fort agréable. Quand il sut mon nom et que j’étais fils · de médecin, il me dit qu’il avait entendu parler _ de mon pere et qu`il avait lu son nom cité plu- sieurs fois. Ce ne fut pas pour moi, chere mère, · une médiocre satisfaction en songeant que la mé- moire de ce pauvre pere m'était encore bonne à ` quelque chose et me protégeait de si loin. Cela ‘ me rappelle qu’au fond de la Bretagne aussi, at Guérande, le médecin du pays m’avait dit l’avoir · cité dans sa these. Oui, pauvre chérie, je pense at vous deux et bien souvent; tandis que mon corps va en avant, ma pensée remonte la carte et s’en- ` fonce dans les jours passés. I Toute la matinée fut donc employée aux courses dans Rosette. A chaque nouvelle visite que nous faisions, c_hiboul<, café, et nullement question de manger. lle crevais de faim et commençais rt trou- ` ver que c etait trop de fumée. Bref, a une heure et demie, le pacha nousdit que nous allions diner. Nous étions cinq autour d’une table rande comme un guéridon; on buvait tous dans É: même verre et ton mangeait avec ses doigts. ll y eut bien de servis au moins trente plats. On mange cinq ou six bouchées de chacun et on vous en sert un autre. Tous arrivent ·l’un apres fautre. Un négrillon en jaquette bariolée chassait les mouches, d’autres A nous versaient de l'eau, soit pour boire ou nous laver les mains. 8.