Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/125

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DE GUSTAVE FLAUBERT. I 19 comment je résume ce que fai ressenti : peu , d’étonnement de la nature, comme paysage et comme ciel, comme désert (saufle mirage); éton- nement énorme des villes et des hommes. Hugo dirait : « .l’etais plus près de Dieu que de l’huma- F ' nitél». Cela tient sans doute a ce que favais .plus ` révé, plus creusé et plus imaginé tout ce qui est horizons, verdure, sables, arbres, soleil, ue ce quiest maisons, rues, costume et usa es. gra été pour la nature une retrouvaille et pourde reste une trouvaille. Mais il _y a un élément nouveau que je ne m’attendais pas ai voir etqui est immense ici, ` c’est le grotesque. Tout le vieux comique de l’es¥ clave rossé, du vendeur de femmes bourru, du marchand filou, est ici très jeune, tres vrai, char- mant. Dans les rues, dans les maisons, a propos de ' tout, de droite et de gauche on y distribue des - coups de bâton avecune prodigalitérepoussante. Ce sont des intonations guttura es qui ressemblent a des cris de betes féroces, etdes rires par la-des- ‘ sus , avec de grands vêtements blancs qui pendent, _ des dents d'ivoire claquant sous des levres épaisses, nez camus de nègres, pieds poudreux, et des col- liers, et des bracelets! pauvre vieux! Nous avons fait chez le pacha de Rosette un dîner ou il y · avait dix nègres pour nous serviri lls avaient des jaquettes de soie, quelques-uns des bracelets dar- _ gent; un négrillon nous chassait les mouches avec ` un plumeau en roseaux; nous mangions avec nos doigts; on apportait les mets plat ai plat, sur un u plateau d’argent. II en eut environ une trentaine qui défila de cette Fdçon. Clétait dans un pavillon de bois, toutes Fenêtres ouvertes, sur des divans , en vue de la mer.