Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/178

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· 1 72 CORRESPONDANCE , litesse du pays, il' Faut roter apres les repas. Je mien acquitte mal. _ Nous avons eu, ai un pays qui s’appelle Diebel- et-Téir, un tableau assez bon : sur le haut d’une » montagne dominant le Nil se trouve un couvent de Cophtes. Ils ont l'habitude, des qu'ils aperçoi- vent une cange de voyageurs, de descendre de A leur montagne, de se jeter a l’eau et de venir at la . nage vous demander l'aumône. On en est assailli. Vous voyez ces gaillards, tout nus, descendre les rochers à pic, et nager vers vous à toute force de _ iarret en criant tant qu’ils peuvent : «batchis, bat- _ chis, Cawadja chistiani!» (Donnez-nous de l’ar- gent, Monsieur chrétien). Et comme, en cet endroit-là,il a beaucoup de cavernes, l’écho ré- ete avec un blruit de canon : Cawadja, Cawadja. .. Les vautours et les aigles volent sur vos têtes, le A bateau file sur l’eau avec ses deux grandes voiles - étendues. En ce moment-la, un de nos matelots (le grotesque du bord) dansait tout nu une danse lascive; pour chasser les moines chrétiens, il leur présentait son derriere, pendant qu’ils se cram- ponnaient au bordage de la cange. Les autres ma- ` telots leurs criaient des injures avec les noms ré- pétés d’Allah et de Mohammed. Les uns leur donnaient des coups de bâton, d’autres des coups de cordes; Joseph tapait dessus avec les pincettes de la cuisine. Cétait un tutti de calottes, de gueu- lades et de rires. Des qu’on leur a donné quelque argent, "ils le mettent dans leur bouche et remon- tent chez eux par le même chemin. Si on ne leur administrait ainsi de bonnes rossées, on se trouve- rait assailli d’une telle quantité qu'il y aurait danger de faire chavirer la cange.