Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/179

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I I DE GUSTAVE FLAUBÉRT. 173 Ailleurs 'ce ne sont plus les hommes qui vien- _, nent vous voir mais les oiseaux. Il y a a Sheik- ' Saïd un Santon (chapelle-tombeau bâtie en l’hon- neur d’un saint musulman) où les oiseaux vont d’eux-mêmes déposer la nourriture qu’on leur donne. Cette nourriture sert aux pauvres voya- geurs qui passent par la._Nous qui avons lu Vol- taire, nous ne croyons pas ai ça. Mais on est si · arriéré ici! On y chante si peu Béranger! (Com- ment, Monsieur, on ne commence pas à civiliser un peu ces pays! l’élan des chemins de fer ne s'y fait-il pas sentir? quel est l’état de l’instruction primaire? etc.) Si bien que lorsqu'on passe devant ce Santon, tous les oiseaux viennent entourer le bateau, se poser sur les manœuvres... on leur émiette du pain, ils tournoient, gobent sur l’eau ce qu’on leur a jeté et repartent. Tai fait à Keneh quelque chose de convenable et qui, je l’espere, obtiendra ton approbation. Nous avions mis pied à terre pour faire des provi- sions, et nous marchions tranquillement dans les ^ bazars, le nez en l’air, respirant l’odeur de santal qui circulait autour de nous, quand, au détour d'une rue, voila tout ai coup que nous tombons =- dans le quartier des filles de joie. Figure-toi, mon ami·, cinq ou six rues courbes avec des cahutes hautes de 4. pieds environ, bâties de limon gris _ desséché. Sur les portes, des femmes debout, ou se tenant assises sur des nattes. Les négresses avaient des robes bleu ciel, dlautres étaient en jaune, en blanc, en rouge, larges vêtements qui flottent au vent chaud. Des senteurs d’épices avec tout cela; et sur leurs gorges découvertes de longs colliers de piastres d’or, qui f`ont que, lorsqu’elles