Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/194

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(plats sucrés) et des bé-fils-teclîs (beafsteaks). Nous avons cu une fiere chance de tomber sur un pareil drogman. ll est très expérimenté et de bon entendement.

Nous avons a bord un vieux matelot qu’on appelle Fergalli et qui me rappelle ce bon Pitchef. Plus on lui fait de farces, donne de calottes, coups de poings, etc., et plus il est satisfait. Quelquefois même on le jette à l’eau;` alors on rit beaucoup. Les plaisanteries sont tou`ours de le tuer, de l’écor- cher vif, de le mettre a la broche. Comme il est chauve , on lui retire son bonnet et on lui donne de grandes calottes sur la tête. Quelquefois les matelots font mine d’aller le féliciter sur sa nomination de pacha, et on lui donne un charivari qui consiste . A à faire avec la main et la bouche des pets factices ; on le rase avec un couteau; on le déshabille pour qu’il danse. Il y a quelques jours, on l'a habillé en femme avec un voile sur la figure et un morceau de toile à voile pour robe. C'était la mariée, on faisait la noce. Cela pouvait passer pour un de ces spectacles « où un pere de famille n’aurait pas été bien aise de mener sa jeune personne ». Apres quoi, ces bons Arabes se sont mis à faire leur priere avec des prosternations, des Allah et des Mohammed, comme les plus braves gens du monde. Il n’y a rien de plus gai que ces hommes, ou pour mieux dire de plus enfant; un rien les abat, comme peu de chose les amuse.

Les messieurs de la haute classe ne détestent pas le liquide. Les gouverneurs des petites villes ou nous passons viennent nous faire des visites

(1) Surnom donné à Bourlct de la Vallée. _