Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/230

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224 CORRESPONDANCE La mer était si transparente et si bleue que nous volyions les poissons passer et les herbes —au fond. EI e était calme et se gonflait avec un doux mou· vement, pareil a celui d’une poitrine endormie. En face de nous Beyrouth, avec ses maisons blan- ches, bâtie a mi-côte et descendant jusqu’au bord des flots, au milieu de la verdure des mûriers et des pins parasols. Puis,'a gauche, le Liban, c’est- a—dire une chaîne de montagnes portant des vil- lages dans les rides de ses vallons, couronnée de nuages et avec de la neige a son sommet. Ah! pauvre mére, tiens, dans ce moment-ci, j’en ai les yeux humides en pensant que tu rfeslpas là, que tu , ne jouis pas comme moi de toutes ces elles choses, toi qui les aimes tant. Que j’aurais de plaisira voir `ta pauvre mine, ici, ai mes côtés, s'ébahissant de ces prodigieux paysages. Je crois ue la Syrie est un crâne pays, « il est carquechose (de particulier » , comme dit Joseph. Nous ne sommeslpas gâtés en fait de verdure et de vues grasses. l..’Egypte n'est même belle que par le caractere monumental, régulier, impitoyable de sa nature, sœur jumelle de son architecture. Mais la S rie est au contraire mouvementée, variée, pleinecle choses imprévues. Le lazaret, par exemple, est un des plus beaux pavillons de campagne que je connaisse. O naturel . naturel Quelle canaille que cette vieille naturel I . Comme c'est calme! Quelle sérénité, àcôté de . toutes nos agitations! A