Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/274

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268 ‘ CORRESPONDANCE seulement avec quelques cheveux de moins sur la tête et beaucoup de paysages de plus en dedans. V Voila tout. Pour ce qui est de mes dispositions morales, je garde les mêmes iusqu'a nouvel ordre. Et puis, s’il fallait dire là—dessus le fond de ma pensée et que le mot n’eût pas l'air trop préë ' somptueux, je dirais que je suis trop vieux pour changer. .l’ai passé l’âge. Quand on a vécu comme moi dlune vie toute intime, pleine d’anal ses tur- . bulentes et de iougues contenues, quandy on s'est · tant excité soi-même et calmé tour à tour, et qu'on a employé toute sa jeunesse ai se faire manœu- _ vrer lame, comme un, cavalier Fait de son cheval qu’il Force ai galoper a travers champs, ai coups d’éperon, a marc er à petits pas, ai sauter les Fossés, ai courir au trot et a llamble, le tout rien que pour s’amuser et en savoir plus; eh bien, veux-je dire, si on ne s’est pas cassé le cou des le début, il y a de grandes c ances pour qu’on ne sa le casse pas plus tard. Moi aussi, ie suis établi, · en ce sens que fai trouvé mon assiette comme centre de gravité. Je ne présume pas qu’aucune secousse intérieure puisse me faire changer de place et tomber par terre. Le mariage serait pour moi une apostasie qui m’épouvante.^ La mort d'Alf`red n'a pas eflacé le souvenir de l’irritation que cela- m’a `causée. ça été comme, pour les · gens rdévots, la nouvelle d un grand scandale onne par un evêque. Quand on veut, petit ou grand, se mêler des œuvres du bon Dieu, il faut commencer, rien que sous le rapport de lhygiene, par se mettre dans une position a n’en étre pas la dupe. Tu peindras le vin, l’amour, les femmes, la gloire, ai condition, mon bonhomme, que tu ne