Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/275

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 269 seras ni ivrogne, ni amant, ni mari, ni tourlourou. Mélé à la vie, on la voit mal; on en souffre ou on en jouit trop. [Éartiste, selon moi, est une mons- ‘ truosité, quelque chose hors nature. Tous les malheurs dont la Providence Yaccable lui viennent de lientêtement qu’il a a nier cet axiome. Il en souffre et en fait souffrir. Qu’on interroge là—des— sus les femmes qui ont aimé des poètes et les hommes qui ont aimé des actrices. Or (c’est la conclusion) je suis résigné à vivre comme j’ai vecu , seul, avec une foule de grands hommes qui me tiennent lieu de cercle, avec ma peau d’ours, étant un ours moi—meme, etc. Je me_fiche du monde, de l'avenir, du qu’en dira-t-on, d'un éta- blissement quelconque, et méme de la renommée · littéraire, qui m’a jadis fait passer tant de nuits blanches ai la rêver.Voilà comme je suis; tel est mon caractère. Si je sais par exemple a propos de quoi me vient cette tartine de deux pages, que le diable ` m’emporte, pauvre chere vieille. Non, non, quand je pense à ta bonne mine si triste et si aimante, au plaisir que j’ai de vivre avec toi, si pleine de séré- nité et d'un charme si sérieux, je sens bien que je n'en aimerai jamais une autre comme toi, Va, tu Y n’auras pas de rivale, n'aie pas peur. Les sens ou la fantaisie d’un moment ne prendront pas la place . de ce qui reste enfermé au fond d’un triple sanc- ·tuaire. On ira peut-être sur le seuil du temple, mais on n’entrera pas dedans. — Ce brave Ernest! Le voila donc marié, établi et toujours magistrat par-dessus le marché! Quelle balle de bourgeois et de monsieur! Comme il va bien plus que jamais défendre l’ordre, la famille ’