Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/276

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270 CORRESPONDANCE - . et la propriété! II a du reste suivi la marche nor- ` male. Lui aussi, il a été artiste, il ortait un cou~ teau-poignard et rêvait des plans dlé drames. Puis ç’a été un étudiant folâtre du quartier latin; il ' appelait « sa maîtresse» une grisette du lieu que je `scandalisais par mes discours, quand j'allais le voir dans son fétide ména e. Il pinçait le cancan à la Chaumière et buvait des bischops de vin blanc a ' _ l'estaminet Voltaire. Puis il a été reçu docteur. Là, le comique du sérieux a commencé, pour faire suite au sérieux du comique ui avait précédé. . Il est devenu grave, s'est cacclié pour faire de ' minces fredaines, s’est acheté définitivement une montre et a renoncé ai llimagination (textuel); comme la séparation a dû étre pénible! Ciest atroce quand Iîy pense! Maintenant je suis sûr qu'il tonne la- as contre les doctrines socialistes; · il parle de l’ë¢lt(jj‘icc, de la base, du timon, de Ybydrc dc l’anarcl21`c. agistrat, il est réactionnaire; marié, il sera cocu; et passant ainsi sa vie entre sa femelle, ses enfants et les turpitudes de son métier, voila ' un gaillard qui aura accompli en lui toutes les conditions de l’l1umanité. Bref ! parlons d’autre chose. Cest jeudi, en revenant d’Asie, ——·— jeudi anni- versaire de ma naissance, —— que j’ai trouvé en ‘ _ rentrant tes deux bonnes lettres. ça été une féte. Pendant que Maxime était resté à la maison pour s’occuper des préparatifs du départ (douane, ar- gent, envois de caisses, etc.), j’étais parti des le matin avec notre ami le comte Kosielski our la ferme polonaise qui est de l’autre côté (lill Bos- phore, en Asie. 'Nous avons fait en notre journée 15 lieues ventre a terre, galopant sur la neige qui