Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/301

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                DE GUSTAVE FLAUBERT.      295

indigne d’un homme et d’un républicain, je le sais. Mais j’éprouve par là le premier symptôme d’une décadence qui m’humilie et que je sens bien. Je grossis, je deviens bedaine et commence à faire vomir. Peut-être que bientôt je vais re- gretter ma jeunesse et, comme la grand’mère de Béranger, le temps perdu. Où es-tu, chevelure plantureuse de mes dix-huit ans, qui me tombais sur les épaules avec tant d’espérances et d’or- gueil!

 Oui, je vieillis; il me semble que je ne peux

plus rien faire de bon. J’ai peur de tout en fait de style. Que vais-je écrire à mon retour? Voilà ce que je me demande sans cesse. J’ai beaucoup songé a ma Nuit de Don Juan, à cheval, ces jours-ci. Mais ça me semble bien commun et bien rabâché; c’est retomber dans l’éternelle histoire de la religieuse. Pour soutenir le sujet il faudrait un style démesurément fort, sans faiblir d’une ligne. Ajoute à tout cela qu’il pleut, que nous sommes dans une sale gargote à attendre encore plusieurs jours le bateau a vapeur, que mon voyage est fini et que ça m’attriste. Je voudrais retourner en Egypte. Je ne cesse de penser aux Indes. Quel sot imbécile que l’homme, et moi en particulier!

 Même après l’Orient, la Grèce est belle. J’ai

profondément joui au Parthénon. Ça vaut le go- thique, on a beau dire, et je crois surtout que c’est plus difficile à comprendre.

 Nous avons eu généralement mauvais temps

depuis Athènes jusqu’ici. Nous passions les ri- vières à gué; souvent nous avions de l`eau jusqu’au derrière, et nos chevaux nageaient sous