Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/314

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308 CORRESPONDANCE- ` te souhaite et tout ce qu’on peut souhaiter, il me semble bien. Pauvre vieux, nous sommes loin l’un de l’autre, nous qui vécûmes jadis comme des freres siamois. Nos conditions diliérentes, toi d’homme marié et établi, et moi de vagabond rêveur, nous séparent encore plus que les kilo- mètres qui se déroulent entre nous et nous dis- tancent. Je` crois que tu as_pris le bon chemin, entre nous soit dit et sans te Faire de compliments, et que j’ai pris, moi, je ne dis pas le mauvais, mais que le mauvais m'a pris (mes doctrines phi- losophiques, comme dirait le Garçon, ne me per- mettant pas de reconnaître qu’il y ait eu en cela liberté et libre arbitre). Je ne cache as que j’ai envie de connaître ta _ femme et d'embrasser tes moutards à naître. Ce _ que je te charge de faire aux uns et a l’autre, si toutefois, mon cher Monsieur, cela n’a rien qui vous déplaise. · I · Ah! oui, quand nous hurlions sur ce pauvre _ - ` billard_de l’l·lôtel-Dieu, converti en théâtre dont tu étais le décorateur, qui nous eût dit qu’au- ` jourd’hui je serais à Rome, que je sortirais de A , Saint-Pierre a 4. heures du soir et que je t'écrirais? Qui nous eût dit encore que je serais chauve?.car tu me reverras la tête a eu pres dépouillée. Je . ressemble parla à Jules ëésar et a une citrouille, W car j’ai aussi énormément engraissé en Orient. fTu vas goûter, cher Ernest, tu goûtes déjà, des ' bonheurs qui me seront toujours interdits. Je ` crois, comme le paria de Bernardin de Saint- Pierre, que le bonheur se trouve avec une bonne femme. Le tout est de la rencontrer, et d’être soi-même un bon homme, condition double et