Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/327

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A P ` DE GUSTAVE FLAUBERT. B21 _ par ses amis qui lui disenti « ll le faut! » et qui ` n’en a pas envie du tout, qui trouve que c'est tres bête, est, au fond, beaucoup plus misérable que le franc poltron qui avale l’insulte et reste tran- quillement chez lui. Oui, encore une fois, ce qui me revolte c°est que ça n’est pas de moi, que c’est l’idee d’un autre, des autres, preuve peut- être ue fai tort. Et puis, regardons plus loin : si je pulblie, ce ne sera pas a emi. Quand on fait une chose, il la faut bien faire. .l’irai vivre ai Paris pendant l'hiver. Je serai un homme comme un autre.; je vivrai de la vie passionnelle, intrigue et intrigante. Il me faudra exécuter beaucoup de ` choses qui me revolteront et qui d'avance me font ~ pitie. Eh bien! suis-je prolpre à tout cela, moi? Tu sais bien que je suis l' omme des ardeurs et des défaillances. Si tu savais tous les invisibles filets d’inaction qui entourent mon corps et tous les brouillards qui me flottent dans la cervellel .l’éprouve souvent une fatigue a périr d’ennui· lorsqu’il faut faire n’importe quoi, et c'est à tra- · vers de grands efforts que je finis par saisir l’i<le , la plus nette. Ma jeunesse m'a trempe dans je ne sais quel opium d’embêtement pour le reste de mes jours. J’ai la vie en haine. Le mot est parti, qu’il reste! Oui, la vie, et tout ce qui me rappelle ` qu’il la faut subir. Cest un supplice de manger, de m’habiller, d’être debout. .l’ai traine cela par- tout, en tout, a travers tout, au college, à Paris, ai Rouen, sur le Nil, dans notre voyage. Nature nette et precise, tu ties souvent révolte contre ces normandismes indéfinis que j’etais si maladroit a excuser et tu ne m’as pas épargné les re- proches! _ · ` r II. q ` 21