Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/386

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580 ` CORRESPONDANCE V A ` chauffer les pieds au soleil, c’est vouloir tomber _ par terre. Respectons la lyre; elle nyest pas faite pour un homme, mais pour lihomme. , Me voilà bien humanitaire ce soir, moi que tu · accuses de tant de personnalité. Je veux dire que tu t’apercevras bientôt, si tu suis cette voie nou- _ velle, que tu as acquis tout à coup des siècles de maturité et que tu prendras en pitié l'usage de se chanter soi-méme. Cela réussit une fois dans un cri, mais, quelqlue lyrisme qu’ait Byron par ‘ _ exemple, comme S alcespeare l'écrase a côté avec son impersonnalité surliumaine. Est-ce qu’on sait · seulement s’il était triste ou gai? L'artiste doit s’ar- _ ranger de Façon a faire croire a la postérité qu'il _ n’a pas vécu. Moins je m'en fais une idée et plus i il me semble grand. Je ne eux rien me figurer sur la personne d'l·lomere, de Rabelais, et quand · je pense a Michel-Ange, ie vois, de dos seule- ment, un vieillard de stature colossale, sculptant _ la nuit aux flambeaux. · Tu as en toi deux facultés auxquelles il faut · donner ieu, une raillerie aigue, non, une manière - déliée de voir, je veux dire, et une ardeur méri- dionale de passion vitale, quelque chose de tes épaules dans l’esprit. Tu t'es gâté le reste avec tes ‘ lectures et tes sentiments qui sont venus encom- brer cle leurs phrases incidentes cette bonne com- pagnie qui parlait clair. .l’espère beaucoup de ton Institutricem, sans savoir pourquoi. Cest un pres- sentiment. Et quand tu l’auras faite, fais-en deux ou trois autres et, avant la demi-douzaine, tu auras W attrapé le filon d'or. (1) Comédie de Louise Colet, non publiée.