Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/398

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392 CORRESPONDANCE leur préférence , on arrive ai cette conviction qu’elles sont stupides, ce qui n’est pas. Nous jugeons ai notre point de vue, elles au eur. La beauté n’est pas pour la femme ce qu’elle est pour l’l1omme. On ne s’entendra jamais la-dessus, ni [sur] ·l'es- ` prit, ni [sur] le sentiment, etc. J e me suis trouvé· une fois avec plusieurs drôles y (assez vieux) dans un lieu infâme. Tous certes étaient plus laids que moi, et celui a qui ces dames firent meilleure mine était franchement vilain (ex- _ plique-moi ça, ô Aristote!). Et il n’est pas question - ici de dons de l’âme, poésie de langage ou force _ d’idées, mais du corps, de ce qui est appréciable ai l’œil et au renillement des sens. lnterroge n’im- porte quel ex-bel homme et demande—lui si, couche quelquefois avec une femme, il en a jamais trouvé qui se soient extasiées sur les li nes de son · bras ou les muscles de sa oitrine. âuel abîme · A que tout cela! Et qu’importe le vase? Cest l'ivresse qui est belle (il y a là—dessus un beau versm dans ' Mclaenis) ljimportant, c’est de l’avoir. Qu’e le s'amuse avec son beau Enault, cette ` pauvre petite mere R..., qu'elle jouisse, triple jouisse, et fasse monter au gars R... des cornes grandes comme des cedres, tant mieux! La contemplation de certains bonheurs dégoûte du bonheur : quel orgueil! Cest quand on est jeune surtout que la vue des felicités vulgaires vous donne la nausée de la vie : on aime mieux crever de faim que de se gorger de pain noir. Il y a bien des vertus qui n'ont pas d'autre origine.

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(W «Qu’importe le berceau, quand l’©lympe est vcrmeille.» - Melaenis, chant l", p. 150, ed. Lemerre.