Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/436

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4go CORRESPONDANCE ` chose, à cet homme, pour être un rand homme tout a fait : un peu plus de sérieux dans l’esprit ét moins de banalité dans le caractere. Il n'en restera pas moins comme le premier sculpteur, de son r temps. Nous étions Va Rosny pendant qu’il se mourait; il~n’en est pas moins mort et nous n’en avons pas moins joui. Voilà l’éternelle, lamentable et sérieuse ironie de l’existence. Cest il y a six ans a cette époque, dans ce mois-ci, que nous · nous sommes connus chez lui. Pauvre omme! .l’en suis resté ahuri toute la journée. Je pourrais déjà faire un volume nécrologique respectablede tous les morts que j’ai connus. Quand on est jeune, on associe la réalisation Future de ses rêves aux existences qui vous entourent.- A mesure que ces existences disparaissent, les rêves s’en vont. .l’ai bien éprouvé cela pour ma sœur, pour cette ` ` Femme charmante dontje ne parle jamais par une pudeur de cœur qui me clôt la bouche. Avec ` _ elle j’ai enterré beaucoup d'ambitions, presque A tout désir mondain de gloire. Je l’avais élevée, c'était un esprit solide et fin qui me charmait; elle s'est mariée à la vulgarité incarnée. Voilà les femmes. , La mort de Pradier me fait éprouver elque chose d’ég0ïste assez honteux. Je suis Fâéllé qu’il ne m’ait pas connu, moi qui Yadmirais beaucoup. .l’aurais voulu qu’un homme de sa trempe me dis- H tinguât de cette foule ou je pataugeais autour de lui. Mais l'aurait[—il] pu d’ailleurs? Il avait peu le sens critique, notre ami. Sur son art même, je n’ai pu jamais en rien tirer, ce qui le rend supérieur à mes yeux, car c’était un homme d'instinct. Tu te les rappelleras nos ,4.8 heures de Mantes,