Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/450

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444 CORRESPONDANCE ` , · parlant de Paris. J e trouve `qu’il sent souvent l’0deur des dents gâtées, ton soulile de vie. ll s’exhale, pour moi, de ce Parnasse où tu me convies, plus de miasmes que de vertiges. Les lauriers qu’0n s’y arrache sont un peu couverts de merde, convenons-en. Et à ce propos, je suis fâché de voir un homme comme toi renchérir sur la marquiseul d’Escarba- gnas, qui croyait qfpe « hors Paris, il n’y avait pas e salut pour les onnêtes gens ». Ce jugement me paraît être lui-même provincial, c est-à-dire borné. lfhumanité est partout, mon cher mon- sieur, mais la blague plus a Paris qu’ailleurs, j’en conviens. . ‘ Certes, il y a une chose que l’on gagne a Paris, c’est le toupet; mais l’on y perd un> peu de sa cri- · nière. Celui qui, élevé a Paris, est devenu néanmoins un véritable homme fort, celui—là était né demi- dieu. Il a grandi les côtes serrées et avec des Far- . deaux sur la tête, tandis qu’au contraire il faut C être dénué d’originalité native si la solitude, la concentration, un long travail ne vous créent à la A lin quelque chose d’approchant. Quant à déplorer si amerement ma vie neutra-- lisante, c'est reprocher à un cordonnier -de faire I des bottes, à un Forgeron de battre son Fer, a un artiste de vivre dans son atelier. Comme je travaille de 1 heure de l’apres-midi ai 1 heure de l’apres-mi- nuit tous les jours, sauf de 6 a 8 heures, je ne vois _ guere et quoi employer le temps qui me reste. Si (1) La comtesse d’Escarl>agnas, personnage de Molière dans la pièce de ce nom.