Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/466

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460 CORRESPONDANCE comme forme, et comme Fond. N'est-ce pas qu'il s’est passé. en toi quelque chose de trouble? Tu as eu beau dédaigner cette boullée, elle ne t’en a pas moins tourné le cœur pendant quelque ` temps.`Tu me comprendrais mal si _tu croyais, pauvre chere Louise, que je t’adresse quelque re- proche. On peut être maître de ce que l’on fait, mais jamais de ce que l’on sent. J e trouve seule- ment que tu as eu tort d’aller te promener une i seconde Fois avec lui.Tu l'as fait naïvement, je veux bien; mais, à sa place, je t'en garderais rancune. . II peut te prendre our une coquette. I Il est dans les icilées reçues qu’on ne va pas se promener avec un homme au clair de lune pour' admirer la lune, et le sieur de Musset est diable- ment dans les idées reçues : sa vanité est de sang bourgeois. Je ne crois pas, comme toi, que ce qu’il a senti le plus soient les œuvres d'art. Ce qu’il a senti le plus, ce sont ses propres_passions. Mus- · set est plus poete qu’artiste, et maintenant beau- coup plus homme que poete —— et un pauvre ` homme. ' I Musset n'a jamais séparé la poésie des sensa- tions qu’elle complète. La musique, selon lui, a été faite pour les sérénades, la peinture pour le por- trait et la poésie pour_·les consolations du cœur. Quand on veut ainsi mettre le soleil dans sa cu- lotte, on brûle sa culotte et on pisse sur le soleil. Cest ce ui lui est arrivé. Les nerfs, Iè magné- tisme, voila la oésie. Non, elle a une base plus sereine. S'il sulliizait d’avoir les nerfs sensibles pour être poète, je vaudrais mieux que Shakespeare et qu’l·lomère, lequel je me figure avoir été un homme peu nerveux. Cette confusion est impie.