Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/467

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 461 .l’en peux dire quelque chose, moi qui ai entendu, atravers desportes fermées, parler ai voix basse des ` gens a trente pas de moi; moi dont on voyait, ai tra- vers la peau du ventre, bondir tous les visceres et qui parfois ai senti, dans la période d’une seconde , un million de pensées, d’ima es, de combinaisons de toute sorte qui jetaient àda fois dans ma cer- velle comme toutes les fusées allumées d’un feu ‘ d’artifice. Mais ce sont d’excellents sujets de con-

versation et ui émeuvent.

La poésie (ifest point une débilité de l’esprit, et ces susceptibilités nerveuses en sont une. Cette fa- culté de sentir outre mesure est une faiblesse. Je · rrfexplique. _ Si j’avais eu le cerveau plus solide, je n’aurais point été malade de faire mon droit et de m’en- nuyer. Yen aurais tiré parti, au lieu d’en tirer du mal. Le chagrin , au lieu de me rester sur le crane, j a coulé dans mes membres et les crispait en con- * vulsions. Cétait une déviation. ll se trouve souvent des enfants auxquels la musique fait mal; ils ont de grandes dispositions, retiennent des airs ai la ‘ remière audition, s’exaltent en jouant du piano, lé cœur leur bat, ils maigrissent, palissent, tom- bent malades, et leurs pauvres nerfs, comme ceux des chiens, se tordent de souffrance au son - des notes. Ce ne sont point la les Mozarts de l’ave- nir. La vocation a été déplacée; l’idée a passé dans la chair ou elle reste stérile, et la chair périt; il n’en résulte ni génie, ni santé. Même chose dans l’art. La passion ne fait pas les ` vers, et plus vous serez personnel, plus vous serez faible. .l’ai toujours péché par la, moi; c’est que je me suis toujours mis dans tout ce que j’ai ait.