Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/480

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Sur chaque seuil les Femmes sont groupées,
Quenouille en main', nourrissons dans leurs bras;
A leur travail les Elles échappées
Marchent par bande et se parlent tout bas.
En les voyant, les mères, les aïeules,
Avec pitié devisent de l'amour :
— «Pauvres enfants, elles vont languir seules; A
«Pour la jeunesse, oh! c’est un mauvais jour !n

Calme, le cou ployé sur ses cheveux,
Elle dormait une nuit : autour d'elle
Montaient des flots d'azur et de rubis,
Son bel enfant, fait ange, d’un coup d'aile
La revêtait d'éblouissants habits. . .

Comme l’on voit, quand se dissout la brume,
Les eaux, les bois s’éclairer dans un champ,
Au souvenir quand l’âme se rallume,
Le passé brille et va se rapprochant :
Tout s'éclipsait et tout était poussière;
Mais, ô mémoire, avec tes hôtes morts, _
Le jour arrive où renaît ta lumière !
Oiseau de feu, de tes cendres tu sors ;
Tu viens du cœur peupler la solitude,
Y ranimant des regards et des voix,
Et l’homme accourt, malgré sa lassitude,
Les bras tendus aux ombres d’autrefois.

Le jour s’éteint. . . La pauvre vieille expire
A Ces doux bruit: gui la berçaient enfant :
Sur son visage erre un calme sourire
Qui dans la mort y survit triomphant.