Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/484

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Les vers d’Anacréon, les accents de Tibulle
Ont transmis d’âge en âge un souffle qui circule
Comme une tiède haleine en des seins frémissants.
L’Arioste et Pétrarque, en stances cadencées
Ont prolongé le chœur de ces nobles pensées
Où l’âme flotte dans les sens.

Tant que l’Amour et l’Art garderont leur jeunesse
Leur jeunesse éternelle et qui fleurit sans cesse,
Se riant du néant des empires tombés !
Comme ces chants divins, tes œuvres recueillies
Triompheront du Temps sans être pâlies
Ainsi que de fraîches Hébés !

Caressant du regard tes filles radieuses,
Les jeunes amoureux aux belles amoureuses
Murmureront ton nom euphonique et vibrant.
Puis ils diront ta vie, onde large et tranquille,
Quiétude du cœur ou l’art trouve un asile,
Sérénité qui t'a fait grand!

Puis ils diront ta mort si douce et si rapide
Quelle a glacé ton front sans y creuser de ride.
Dans un frais paysage, au bord du fleuve assis,
Sous un ciel chaud et bleu comme un ciel de l’Attique
Tu tombes foudroyé, tel qu’un génie antique
Exempt des vieux jours obscurcis.

Aux femmes, aux enfants qui t’aimaient dans la vie,
Aux disciples élus, ils porteront envie.
Riante apothéose où leurs cœurs salueront
Par le bruit des baisers, par l’éclat des sourires,
Ton fantôme foulant la poudre des empires,
Un bandeau de roses au front !

Juin 1851.