Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/56

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_ DE GUSTAVE FLAUBERT. 47 V pas peu non plus a me mettre dans un état peu normal. Voila pourquoi je n’ai pas répondu a ta _ lettre,` encore moins aimable que les autres, mais j'ai assez de bourrasques aussi pour tolérer les orages chez les autres. Convenons que l'homme (ou la femme; l’un et l’autre v-aut mieux) est une triste machine. Je suis furieusement lassé de la mienne. ll y a des saisons où il vous prend des redoublements de lassitude, comme on a apres le dîner des envies de vomir. La vie apres —tout n’est- elle pas une indigestion continuelle? Je te ren- verrai d’ici ai eu les papiers Praslin. Je ne les ai pas lus, car et M‘“° Praslin m’assomment éga- · lement. Mais quelque chose de sublime, c'est le discours du sieur Pasquier. Est-ce fin'? Miséricorde! _Quelle honnêteté de sentiments! Quelle bénignité ~' de style ! air de France, que nos morales et nos ' littératures diffèrent! ‘ — Nous sommes occupés maintenant a écrire notre ' voyage et, quoique ce travail ne demande ni qrands i rallinements d’efYets ni dis ositions préalab es de masses, j’ai si peu Fhabitudje d’écrire et je deviens si hargneux la—dessus, surtout vis-à-vis de moi- même , qu’il ne laisse pas que de me donner assez de souci. Cest comme un homme qui a l’oreille juste et qui joue Faux du violon; ses doigts se refusent a reproduire juste le son dont il a conscience.· Alors leslarmes coulent des yeux du pauvre ra- i cleur et l’archet lui tombe des doigts... Quand ce livre sera fini (dans 6 semaines envi- I ron), ce sera peut-étre drôle a cause de sa bonne i ' · foi et de son sans-façon; mais bon? Au reste, comme nous le ferons recopier pour en avoir cha- cun un exemplaire, tu pourras le lire si tu veux.