Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/203

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 197 vos habitudes qui sont mortelles. Ne soyez pas complaisante pour vos douleurs. Vous `goûtez trop, comme dirait Montaigne, cette délicatesse qui est au giron de la mélancolie. Vous vous étonnez du fanatisme et de l°imbécil- lité qui vous entourent. Que l’on en soit blessé, je le comprends; mais surpris, non! ll y a un · Fond de bêtise dans l'humanité qui est aussi éter- nel que l’humanité elle-méme. lfinstruction du peuple et la moralité des classes pauvres sont, je crois, des choses de Pavenir. Mais quant a l'intel- ligence des masses, voila ce que je nie, quoi qu’il puisse advenir, parce qu’elles seront touiours des masses. Ce qu’il y a de considérable dans l’histoire, c’est un petit troupeau d'hommes (trois ou quatre cents par siecle, peut-étre) et qui depuis Platon jusqu’a nos jours n’a pas varié; ce sont ceux-la qui ont tout fait et qui sont la conscience du monde. Quant aux parties basses du corps social, vous ne les éleverez jamais. Quand le peuple ne croira plus à l'lmmaculée Conception, il croira I aux tables tournantes. Il faut se consoler de cela et vivre dans une tour d’ivoire. Ce n'est pas gai, je le sais; mais, avec cette methode, on n'est ni dupe ni charlatan. J e m’en vais demain ai Paris ou je compte rester jusqu’à la fin du mois. Si vous pensez a moi, écrivez-moi donc boulevard du Temple, 4.2. ` J’ai beaucoup travaillé cet hiver; fai fini la pre- miere partie de mon roman. Quand la totalité sera-t—elle finie? Voila ce que fignore. Mille bons souvenirs de votre tout dévoué.