Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 6.djvu/201

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 195 1146. A LA MÉME, . [Rouen] Lundi soir [janvier 1871]. MoN PAUVRE LoULoU, · L’a1·1·ivée de ton mari, avant—hie1· soir, nous a fait grand plaisir. Quel homme! .l e ne peux pas te dire l°admi1·ation qu°il m'inspi1·e, tant je le trouve fort et courageux; il est tout l,lI1VC1'SC de moi, car personne plus que tononcle n'est désespéré. l Mon état moral, dont rien ne peut me tirer, commence à m’inquiéter sérieusement. Je me considère comme un homme perdu (et je ne me trompe pas). Chaque jour je sens s’aff`aibli1· mon intelligence et se dessécher mon cœur. Oui, je deviens méchant à force d’ab1·utissement. Cest comme si toutes les bottes prussiennes m'avaient I piétiné sur la cervelle. le ne suis plus que l'cnve- loppe de ce que j’ai été jadis. Que veux-tu que je dise de plus Y .l’afflige ta pauvre g1·and’mè1·e, qui de son côté me fait bien souffrir! Ah! nous faisons un joli duo! ` _ Ton mari nous a proposé de nous emmener ài Dieppe; mais : 1° ta g1·and’mè1·e n’y aurait aucune . compagnie (et ici elle reçoit des visites tous les jours); 2° elle serait inquiète de ton oncle Achille; 3° le voyage se ferait dans des conditions bien inconfortables. De plus, je ne veux pas m’absenter trop loin demon pauvre domestique qui reste seul à Croisset, à se débattre au milieu des Prus- siens. En quel état 1·et1·ouverai—je mon pauvre