Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/592

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— Lis donc !

— Eh bien, quoi ? dit-elle, avec une figure tellement placide qu’il en fut révolté.

— Ah ! garde ton innocence !

— Je ne comprends pas.

— C’est toi qui fais vendre Mme Arnoux ?

Elle relut l’annonce.

— Où est son nom ?

— Eh ! c’est son mobilier ! Tu le sais mieux que moi !

— Qu’est-ce que ça me fait ? dit Rosanette en haussant les épaules.

— Ce que ça te fait ? Mais tu te venges, voilà tout ! C’est la suite de tes persécutions ! Est-ce que tu ne l’as pas outragée jusqu’à venir chez elle ! Toi, une fille de rien. La femme la plus sainte, la plus charmante et la meilleure ! Pourquoi t’acharnes-tu à la ruiner ?

— Tu te trompe, je t’assure !

— Allons donc ! Comme si tu n’avais pas mis Sénécal en avant !

— Quelle bêtise !

Alors, une fureur l’emporta.

— Tu mens ! tu mens, misérable ! Tu es jalouse d’elle ! Tu possèdes une condamnation contre son mari ! Sénécal s’est déjà mêlé de tes affaires ! Il déteste Arnoux, vos deux haines s’entendent. J’ai vu sa joie quand tu as gagné ton procès pour le kaolin. Le nieras-tu, celui-là ?

— Je te donne ma parole…

— Oh ! je la connais, ta parole !

Et Frédéric lui rappela ses amants par leurs noms, avec des détails circonstanciés. Rosanette, toute pâlissante, se reculait.