Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/384

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point davantage pourquoi la mère Rolet déjeunait chez elle tous les jours, et même lui faisait des visites en particulier.

Ce fut vers cette époque, c’est-à-dire vers le commencement de l’hiver, qu’elle parut prise d’une grande ardeur musicale.

Un soir que Charles l’écoutait, elle recommença quatre fois de suite le même morceau, et toujours en se dépitant, tandis que, sans y remarquer de différence, il s’écriait :

— Bravo !…, très bien !… Tu as tort ! va donc !

— Eh non ! c’est exécrable ! j’ai les doigts rouillés.

Le lendemain, il la pria de lui jouer encore quelque chose.

— Soit, pour te faire plaisir !

Et Charles avoua qu’elle avait un peu perdu. Elle se trompait de portée, barbouillait ; puis, s’arrêtant court :

— Ah ! c’est fini ! il faudrait que je prisse des leçons ; mais…

Elle se mordit les lèvres et ajouta :

— Vingt francs par cachet, c’est trop cher !

— Oui, en effet…, un peu…, dit Charles tout en ricanant niaisement. Pourtant, il me semble que l’on pourrait peut-être à moins ; car il y a des artistes sans réputation qui souvent valent mieux que les célébrités.

— Cherche-les, dit Emma.

Le lendemain, en rentrant, il la contempla d’un œil finaud, et ne put à la fin retenir cette phrase :

— Quel entêtement tu as quelquefois ! J’ai été à Barfeuchères aujourd’hui. Eh bien, Mme Liégeard m’a certifié que ses trois demoiselles, qui sont à la