Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/237

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d’heure encore avec lui, nous eussions renoncé à Brest et couché à la belle étoile; la mesure était comble, nous en étions ahuris, abrutis. II fut ce- pendant le premier hors du bateau, et comme il y avait sur le rivage un bouchon, il voulut nous y rendre notre politesse et nous offrit tout de suite son éternelle bouteille de vin.

— Merci, il fait trop chaud.

— Alors un peu de bière.

— C’est trop lourd, ça empêche de marcher.

— Un petit verre?

— Jamais nous n’en prenons.

— D’anisette?

— Mille grâces, nous sommes pressés.

— Un café! ah! un café!

— Non, non, non, bien sûr non, adieu.

II s’arrêta, hésitant un moment, puis avec un geste sublime : «Eh bien j’en prendrai tout de même, allez toujours! je vais vous rejoindre».

De quel train nous filâmes! ce n’était pas cou- rir, mais voler! plus légers qu’une plume, la peur du Genès et la joie d’en être délivrés nous traî- naient en avant avec la vitesse d’un wagon em- porté par une double locomotive. A tout instant il nous semblait l’entendre derrière nous et nous n’osions point tourner la tête de peur d’apercevoir son chapeau.

Brest, cependant, n’arrivait pas. Nous avions beau suer, nous hâter, la route s’allongeait tou- jours, la côte montait sans fin. On rencontrait quantité de promeneurs, des marins, des soldats,