Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/317

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L’un deux relevant les pieds plus haut que les autres et se tenant les mains à la veste du com- pagnon qui était devant lui, suivait la file en tré- buchant. II était aveugle. Pauvre misérable ! Dieu l’empêche de voir et les hommes lui défendent de parler! II avait l’air doux cependant, et sa figure aux jeux fermés souriait sous les chauds rayons du soleil.

(*> Après avoir donné la pièce à notre garde- chiourme, qui nous fit en signe de remerciement une grimace de chat-tigre, nous redescendîmes les escaliers, e cinq minutes après nous étions de retour dans l’intérieur du village où des femmes, assises devant les portes, faisaient des filets sur leurs genoux.

Quand on va à Tombelaine, qui est un rocher à une demi-lieue du Mont Saint-Michel et comme lui placé tout au milieu de la mer, on prend un guide pour éviter les courants. Même aux en- droits non dangereux si l’on s’arrête on se sent enfoncer dans le sable qui se met à bouillonner et à monter sur vous; en dix minutes on en aurait jusqu’au ventre, en une demi-heure jusqu’aux épaules.

Lorsqu’on traverse les courants, l’eau rapide coule entre vos jambes avec la force d’un torrent; le vertige viendrait si on restait à la regarder. De tous côtés, partout, ce n’est que du sable, des étendues monotones qui se succèdent et s’en-

(*’ Inédit, pages 317 à 319.