Page:Flaubert - Salammbô.djvu/120

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une telle expérience dans les choses de l’administration.

Il décréta l’enrôlement de tous les citoyens valides, il plaça des catapultes sur les tours, il exigea des provisions d’armes exorbitantes, il ordonna même la construction de quatorze galères dont on n’avait pas besoin ; et il voulut que tout fût enregistré, soigneusement écrit. Il se faisait transporter à l’arsenal, au phare, dans le trésor des temples ; on apercevait toujours sa grande litière qui, en se balançant de gradin en gradin, montait les escaliers de l’Acropole. Dans son palais, la nuit, comme il ne pouvait dormir, pour se préparer à la bataille, il hurlait, d’une voix terrible, des manœuvres de guerre.

Tout le monde, par excès de terreur, devenait brave. Les Riches, dès le chant des coqs, s’alignaient le long des Mappales ; et, retroussant leurs robes, ils s’exerçaient à manier la pique. Mais, faute d’instructeur, on se disputait. Ils s’asseyaient essoufflés sur les tombes, puis recommençaient. Plusieurs même s’imposèrent un régime. Les uns, s’imaginant qu’il fallait beaucoup manger pour acquérir des forces, se gorgeaient, et d’autres, incommodés par leur corpulence, s’exténuaient de jeûnes pour se faire maigrir.

Utique avait déjà réclamé plusieurs fois les secours de Carthage. Mais Hannon ne voulait point partir tant que le dernier écrou manquait aux machines de guerre. Il perdit encore trois lunes à équiper les cent douze éléphants qui logeaient dans les remparts ; c’étaient les vainqueurs de Régulus ; le peuple les chérissait ; on ne pouvait trop bien agir envers ces vieux amis. Hannon