Page:Flaubert - Salammbô.djvu/124

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de grandes vagues blondes arrêtées, tandis que la mer, plate comme un dallage de lapis-lazuli, montait insensiblement jusqu’au bord du ciel. La verdure de la campagne disparaissait par endroits sous de longues plaques jaunes ; des caroubes brillaient comme des boutons de corail ; des pampres retombaient du sommet des sycomores ; on entendait le murmure de l’eau ; des alouettes huppées sautaient, et les derniers feux du soleil doraient la carapace des tortues, sortant des joncs pour aspirer la brise.

Mâtho poussait de grands soupirs. Il se couchait à plat ventre ; il enfonçait ses ongles dans la terre et il pleurait ; il se sentait misérable, chétif, abandonné. Jamais il ne la posséderait, et il ne pouvait même s’emparer d’une ville.

La nuit, seul, dans sa tente, il contemplait le zaïmph. À quoi cette chose des Dieux lui servait-elle ? et des doutes survenaient dans la pensée du Barbare. Puis il lui semblait au contraire que le vêtement de la Déesse dépendait de Salammbô, et qu’une partie de son âme y flottait plus subtile qu’une haleine ; et il le palpait, le humait, s’y plongeait le visage, il le baisait en sanglotant. Il s’en recouvrait les épaules pour se faire illusion et se croire auprès d’elle.

Quelquefois il s’échappait tout à coup ; à la clarté des étoiles, il enjambait les soldats qui dormaient, roulés dans leurs manteaux ; puis, aux portes du camp, il s’élançait sur un cheval, et, deux heures après, il se trouvait à Utique dans la tente de Spendius.

D’abord, il parlait du siège ; mais il n’était venu que pour soulager sa douleur en causant de Salammbô ; Spendius l’exhortait à la sagesse.