Page:Flaubert - Salammbô.djvu/194

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les autres au galop, il disparut dans l’horizon, du côté des montagnes.

— Maître ! » murmura Spendius, je n’aime pas ces hasards extraordinaires, le Suffète qui revient, Narr’Havas qui s’en va…

— Eh ! qu’importe ? fit dédaigneusement Mâtho.

C’était une raison de plus pour prévenir Hamilcar en rejoignant Autharite. Mais si l’on abandonnait le siège des villes, leurs habitants sortiraient, les attaqueraient par-derrière, et l’on aurait en face des Carthaginois. Après beaucoup de paroles, les mesures suivantes furent résolues et immédiatement exécutées.

Spendius avec quinze mille hommes se porta jusqu’au pont bâti sur le Macar, à trois milles d’Utique ; on en fortifia les angles par quatre tours énormes garnies de catapultes. Avec des troncs d’arbres, des pans de roches, des entrelacs d’épines et des murs de pierres, on boucha, dans les montagnes, tous les sentiers, toutes les gorges ; sur leurs sommets on entassa des herbes qu’on allumerait pour servir de signaux, et des pasteurs habiles à voir de loin, de place en place, y furent postés.

Sans doute Hamilcar ne prendrait pas comme Hannon par la montagne des Eaux-Chaudes. Il devait penser qu’Autharite, maître de l’intérieur, lui fermerait la route. Puis un échec au début de la campagne le perdrait, tandis que la victoire serait à recommencer bientôt, les Mercenaires étant plus loin. Il pouvait encore débarquer au cap des Raisins, et de là marcher sur une des villes. Mais il se trouvait alors entre les deux