Page:Flaubert - Salammbô.djvu/200

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trois cent-quatre-vingt-seize hommes, semblait à peine les contenir, car elle formait un carré long, étroit des flancs et resserré sur soi-même.

En les voyant si faibles, les Barbares, trois fois plus nombreux, furent pris d’une joie désordonnée ; on n’apercevait pas Hamilcar. Il était resté là-bas, peut-être ? Qu’importait d’ailleurs ! Le dédain qu’ils avaient de ces marchands renforçait leur courage ; avant que Spendius eût commandé la manœuvre, tous l’avaient comprise et déjà l’exécutaient.

Ils se développèrent sur une grande ligne droite, qui débordait les ailes de l’armée punique, afin de l’envelopper complètement. Mais, quand on fut à trois cents pas d’intervalle, les éléphants, au lieu d’avancer, se retournèrent ; puis voilà que les Clinabares, faisant volte-face, les suivirent ; et la surprise des Mercenaires redoubla en apercevant tous les hommes de trait qui couraient pour les rejoindre.

Les Carthaginois avaient donc peur, ils fuyaient ! Une huée formidable éclata dans les troupes des Barbares, et, du haut de son dromadaire, Spendius s’écriait :

— Ah ! je le savais bien ! En avant ! en avant !

Alors les javelots, les dards, les balles des frondes jaillirent à la fois. Les éléphants, la croupe piquée par les flèches, se mirent à galoper plus vite ; une grosse poussière les enveloppait, et, comme des ombres dans un nuage, ils s’évanouirent.

Cependant, on entendait au fond un grand bruit de pas, dominé par le son aigu des trompettes qui soufflaient avec furie. Cet espace, que les Barbares avaient devant eux, plein de tourbillons et de