Page:Flaubert - Salammbô.djvu/202

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la cuiller du harpon, tandis que, dans les tours, des hommes cachés jusqu’aux épaules promenaient, au bord de grands arcs tendus, des quenouilles en fer garnies d’étoupes allumées.

À la droite et à la gauche des éléphants, voltigeaient les frondeurs, une fronde autour des reins, une seconde sur la tête, une troisième à la main droite. Puis les Clinabares, chacun flanqué d’un nègre, tendaient leurs lances entre les oreilles de leurs chevaux tout couverts d’or comme eux. Ensuite s’espaçaient les soldats armés à la légère avec des boucliers en peau de lynx, d’où dépassaient les pointes des javelots qu’ils tenaient dans leur main gauche ; et les Tarentins, conduisant deux chevaux accouplés, relevaient aux deux bouts cette muraille de soldats.

L’armée des Barbares, au contraire, n’avait pu maintenir son alignement. Sur sa longueur exorbitante il s’était fait des ondulations, des vides ; tous haletaient, essoufflés d’avoir couru.

La phalange s’ébranla lourdement en poussant toutes ses sarisses ; sous ce poids énorme la ligne des Mercenaires, trop mince, bientôt plia par le milieu.

Alors les ailes carthaginoises se développèrent pour les saisir : les éléphants les suivaient. Avec ses lances obliquement tendues, la phalange coupa les Barbares ; deux tronçons énormes s’agitèrent ; les ailes, à coup de fronde et de flèche, les rabattaient sur les phalangistes. Pour s’en débarrasser, la cavalerie manquait ; sauf deux cents Numides qui se portèrent contre l’escadron droit des Clinabares, tous les autres se trouvaient enfermés,