Page:Flaubert - Salammbô.djvu/236

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Il avait reconnu l’influence de la Rabbet, habile à distinguer quels étaient les dieux qui envoyaient les maladies ; et, pour guérir Salammbô, il faisait arroser son appartement avec des lotions de verveine et d’adiante ; elle mangeait tous les matins des mandragores ; elle dormait, la tête sur un sachet d’aromates mixtionnés par les pontifes ; il avait même employé le baaras, racine couleur de feu qui refoule dans le septentrion les génies funestes ; enfin, se tournant vers l’étoile polaire, il murmura par trois fois le nom mystérieux de Tanit ; mais Salammbô souffrant toujours, ses angoisses s’approfondirent.

Personne, à Carthage, n’était savant comme lui. Dans sa jeunesse, il avait étudié au collège des Mogbeds, à Borsippa, près de Babylone ; puis visité Samothrace, Pessinunte, Ephèse, la Thessalie, la Judée, les temples des Nabathéens, qui sont perdus dans les sables ; et, des cataractes jusqu’à la mer, parcouru à pied les bords du Nil. La face couverte d’un voile, et en secouant des flambeaux, il avait jeté un coq noir sur un feu de sandaraque, devant le poitrail du Sphinx, le Père de la Terreur. Il était descendu dans les cavernes de Proserpine ; il avait vu tourner les cinq cents colonnes du labyrinthe de Lemnos et resplendir le candélabre de Tarente, portant sur sa tige autant de lampadaires qu’il y a de jours dans l’année ; la nuit, parfois, il recevait des Grecs pour les interroger. La constitution du monde ne l’inquiétait pas moins que la nature des dieux ; avec les armilles placés dans le portique d’Alexandrie, il avait observé les équinoxes, et accompagné jusqu’à Cyrène les bématistes d’Evergète, qui mesurent