Page:Flaubert - Salammbô.djvu/241

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criaient pour avoir des armes. Les Anciens ne voulaient pas leur en fournir, estimant cet effort inutile ; d’autres, partis sans général, avaient été massacrés. Enfin on leur permit de s’en aller, et, par une sorte d’hommage à Moloch ou un vague besoin de destruction, ils arrachèrent dans les bois des temples de grands cyprès et, les ayant allumés aux flambeaux des Kabyres, ils les portaient dans les rues en chantant. Ces flammes monstrueuses s’avançaient, balancées doucement ; elles envoyaient des feux sur des boules de verre à la crête des temples, sur les ornements des colosses, sur les éperons des navires, dépassaient les terrasses et faisaient comme des soleils qui se roulaient par la ville. Elles descendirent l’Acropole. La porte de Malqua s’ouvrit.

— Es-tu prête ? s’écria Schahabarim, ou leur as-tu recommandé de dire à ton père que tu l’abandonnais ?

Elle se cacha le visage dans ses voiles, et les grandes lueurs s’éloignèrent, en s’abaissant peu à peu au bord des flots.

Une épouvante indéterminée la retenait : elle avait peur de Moloch, peur de Mâtho. Cet homme à taille de géant, et qui était maître du zaïmph, dominait la Rabbet autant que le Baal et lui apparaissait entouré des mêmes fulgurations ; puis l’âme des Dieux, quelquefois, visitait le corps des hommes. Schahabarim, en parlant de celui-là, ne disait-il pas qu’elle devait vaincre Moloch ? Ils étaient mêlés l’un à l’autre ; elle les confondait ; tous les deux la poursuivaient.

Elle voulut connaître l’avenir et elle s’approcha du serpent, car on tirait des augures d’après