Page:Flaubert - Salammbô.djvu/244

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bant d’elles-mêmes dans la gueule du soleil. Salammbô, qui les regardait s’éloigner, baissa la tête, et Taanach, croyant deviner son chagrin, lui dit alors doucement :

— Mais elles reviendront, Maîtresse.

— Oui ! Je le sais.

— Et tu les reverras.

— Peut-être ! fit-elle en soupirant.

Elle n’avait confié à personne sa résolution ; pour l’accomplir plus discrètement, elle envoya Taanach acheter dans le faubourg de Kinisdo (au lieu de les demander aux intendants), toutes les choses qu’il lui fallait : du vermillon, des aromates, une ceinture de lin et des vêtements neufs. La vieille esclave s’ébahissait de ces préparatifs, sans oser pourtant lui faire de questions ; et le jour arriva, fixé par Schahabarim, où Salammbô devait partir.

Vers la douzième heure, elle aperçut au fond des sycomores un vieillard aveugle, la main appuyée sur l’épaule d’un enfant qui marchait devant lui, et de l’autre il portait contre sa hanche une espèce de cithare en bois noir. Les eunuques, les esclaves, les femmes avaient été scrupuleusement éloignés : aucun ne pouvait savoir le mystère qui se préparait.

Taanach alluma dans les angles de l’appartement quatre trépieds pleins de strobus et de cardamome ; puis elle déploya de grandes tapisseries babyloniennes et elle les tendit sur des cordes, tout autour de la chambre : car Salammbô ne voulait pas être vue, même par les murailles. Le joueur de kinnor se tenait accroupi derrière la porte, et le jeune garçon, debout, appliquait