Page:Flaubert - Salammbô.djvu/255

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par-derrière une malédiction. Salammbô l’aperçut, et elle pressa l’amulette qu’elle portait sur son cœur.

Ils se remirent en marche.

De temps à autre, elle demandait si l’on ne serait pas bientôt arrivé. La route ondulait sur de petites collines. On n’entendait que le grincement des cigales. Le soleil chauffait l’herbe jaunie ; la terre était toute fendillée par des crevasses, qui faisaient, en la divisant, comme des dalles monstrueuses. Quelquefois une vipère passait, des aigles volaient ; l’esclave courait toujours ; Salammbô rêvait sous ses voiles, et malgré la chaleur ne les écartait pas, dans la crainte de salir ses beaux vêtements.

À des distances régulières, des tours s’élevaient, bâties par les Carthaginois, afin de surveiller les tribus. Ils entraient dedans pour se mettre à l’ombre, puis repartaient.

La veille, par prudence, ils avaient fait un grand détour. Mais, à présent, on ne rencontrait personne ; la région étant stérile, les Barbares n’y avaient point passé.

La dévastation peu à peu recommença. Parfois, au milieu d’un champ, une mosaïque s’étalait, seul débris d’un château disparu ; et les oliviers, qui n’avaient pas de feuilles, semblaient au loin de larges buissons d’épines. Ils traversèrent un bourg dont les maisons étaient brûlées à ras du sol. On voyait le long des murailles des squelettes humains. Il y en avait aussi de dromadaires et de mulets. Des charognes à demi rongées barraient les rues. La nuit descendait. Le ciel était bas et couvert de nuages.