Page:Flaubert - Salammbô.djvu/270

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même j’aurais vu contre elle toutes les armées de la terre, et les flammes du siège dépasser la hauteur des temples, j’aurais cru encore à son éternité ! Mais, à présent, tout est fini ! tout est perdu ! Les Dieux l’exècrent ! Malédiction sur toi qui as précipité sa ruine par ton ignominie !

Elle ouvrit ses lèvres.

— Ah ! j’étais là ! s’écria-t-il. Je t’ai entendue râler d’amour comme une prostituée ; puis il te racontait son désir, et tu te laissais baiser les mains ! Mais, si la fureur de ton impudicité te poussait, tu devais faire au moins comme les bêtes fauves qui se cachent dans leurs accouplements, et ne pas étaler ta honte jusque sous les yeux de ton père !

— Comment ? dit-elle.

— Ah ! tu ne savais pas que les deux retranchements sont à soixante coudées l’un de l’autre, et que ton Mâtho, par excès d’orgueil, s’est établi tout en face d’Hamilcar. Il est là, ton père, derrière toi ; et si je pouvais gravir le sentier qui mène sur la plate-forme, je lui crierais : Viens donc voir ta fille dans les bras du Barbare ! Elle a mis pour lui plaire le vêtement de la Déesse ; et, en abandonnant son corps, elle livre, avec la gloire de ton nom, la majesté des Dieux, la vengeance de la patrie, le salut même de Carthage !

Le mouvement de sa bouche édentée remuait sa barbe tout du long ; ses yeux, tendus sur elle, la dévoraient ; et il répétait en haletant dans la poussière :

— Ah ! sacrilège ! Maudite sois-tu ! maudite ! maudite !

Salammbô avait écarté la toile, elle la tenait