Page:Flaubert - Salammbô.djvu/272

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sa tente, pour obéir au prêtre, il n’en avait pas bougé.

Il monta debout sur un des chevaux. Salammbô se laissa glisser jusqu’à lui ; et ils s’enfuirent au grand galop en faisant le tour du camp punique, pour trouver une porte quelque part.


Mâtho était rentré dans sa tente. La lampe fumeuse éclairait à peine, et même il crut que Salammbô dormait. Alors, il palpa délicatement la peau du lion, sur le lit de palmier. Il appela, elle ne répondit pas ; il arracha vivement un lambeau de la toile pour faire venir du jour ; le zaïmph avait disparu.

La terre tremblait sous des pas multipliés. De grands cris, des hennissements, des chocs d’armures s’élevaient dans l’air, et les fanfares des clairons sonnaient la charge. C’était comme un ouragan tourbillonnant autour de lui. Une fureur désordonnée le fit bondir sur ses armes, il se lança dehors.

Les longues files des Barbares descendaient, en courant, la montagne ; les carrés puniques s’avançaient contre eux, avec une oscillation lourde et régulière. Le brouillard, déchiré par les rayons du soleil, formait de petits nuages qui se balançaient, et peu à peu, en s’élevant, ils découvraient les étendards, les casques et la pointe des piques. Sous les évolutions rapides, des portions de terrain encore dans l’ombre semblaient se déplacer d’un seul morceau ; ailleurs, on aurait dit des torrents qui s’entrecroisaient, et, entre eux, des masses épineuses restaient immobiles. Mâtho distinguait les capitaines, les soldats, les hérauts