Page:Flaubert - Salammbô.djvu/289

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Hippo-Zaryte afin d’avoir des vivres ; la cité tyrienne leur en envoya le soir même. Ils mangèrent avidement. Quand ils se furent réconfortés, ils ramassèrent bien vite les restes de leurs bagages et leurs armes rompues ; les femmes se tassèrent au centre, et sans souci des blessés pleurant derrière eux, ils partirent par le bord du rivage à pas rapides, comme un troupeau de loups qui s’éloignent.

Ils marchaient sur Hippo-Zaryte, décidés à la prendre, car ils avaient besoin d’une ville.

Hamilcar, en les apercevant au loin, eut un désespoir, malgré l’orgueil qu’il sentait à les voir fuir devant lui. Il aurait fallu les attaquer tout de suite avec des troupes fraîches. Encore une journée pareille, et la guerre était finie ! Si les choses traînaient, ils reviendraient plus forts ; les villes tyriennes se joindraient à eux ; sa clémence envers les vaincus n’avait servi de rien. Il prit la résolution d’être impitoyable.

Le soir même, il envoya au Grand Conseil un dromadaire chargé de bracelets recueillis sur les morts, et, avec des menaces horribles, il ordonnait qu’on lui expédiât une autre armée.

Tous, depuis longtemps, le croyaient perdu ; si bien qu’en apprenant sa victoire, ils éprouvèrent une stupéfaction qui était presque de la terreur. Le retour du zaïmph, annoncé vaguement, complétait la merveille. Ainsi, les dieux et la force de Carthage semblaient maintenant lui appartenir.

Personne de ses ennemis ne hasarda une plainte ou une récrimination. Par l’enthousiasme des uns