Page:Flaubert - Salammbô.djvu/298

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comme des loups, ils secouaient des tringles garnies d’anneaux et brandissaient des queues de vache au bout d’un bâton, en manière d’étendards.

Puis derrière les Numides, les Maurusiens et les Gétules, se pressaient les hommes jaunâtres répandus au-delà de Taggir dans les forêts de cèdres. Des carquois en poils de chat leur battaient sur les épaules, et ils menaient en laisse des chiens énormes, aussi hauts que des ânes, et qui n’aboyaient pas.

Enfin, comme si l’Afrique ne s’était point suffisamment vidée, et que, pour recueillir plus de fureurs, il eût fallu prendre jusqu’au bas des races, on voyait, derrière tous les autres, des hommes à profil de bête et ricanant d’un rire idiot ; misérables ravagés par de hideuses maladies, pygmées difformes, mulâtres d’un sexe ambigu, albinos dont les yeux rouges clignotaient au soleil ; tout en bégayant des sons inintelligibles, ils mettaient un doigt dans leur bouche pour faire voir qu’ils avaient faim.

La confusion des armes n’était pas moindre que celle des vêtements et des peuples. Pas une invention de mort qui n’y fût, depuis les poignards de bois, les haches de pierre et les tridents d’ivoire, jusqu’à de longs sabres dentelés comme des scies, minces, et faits d’une lame de cuivre qui pliait. Ils maniaient des coutelas, se bifurquant en plusieurs branches pareilles à des ramures d’antilopes, des serpes attachées au bout d’une corde, des triangles de fer, des massues, des poinçons. Les Éthiopiens du Bambotus cachaient dans leurs cheveux de petits dards empoisonnés. Plusieurs