Page:Flaubert - Salammbô.djvu/307

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Les deux côtés, septentrional et oriental, défendus par la mer et par le golfe, restaient inaccessibles. Sur la muraille faisant face aux Barbares, on monta des troncs d’arbre, des meules de moulin, des vases pleins de soufre, des cuves pleines d’huile, et l’on bâtit des fourneaux. On entassa des pierres sur la plate-forme des tours, et les maisons qui touchaient immédiatement au rempart furent bourrées avec du sable pour l’affermir et augmenter son épaisseur.

Devant ces dispositions, les Barbares s’irritèrent. Ils voulurent combattre tout de suite. Les poids qu’ils mirent dans les catapultes étaient d’une pesanteur si exorbitante, que les timons se rompirent ; l’attaque fut retardée.

Enfin, le treizième jour du mois de Schébat, au soleil levant, on entendit contre la porte de Khamon un grand coup.

Soixante-quinze soldats tiraient des cordes, disposées à la base d’une poutre gigantesque, horizontalement suspendue par des chaînes descendant d’une potence, et une tête de bélier, tout en airain, la terminait. On l’avait emmaillotée de peaux de bœuf ; des bracelets en fer la cerclaient de place en place ; elle était trois fois grosse comme le corps d’un homme, longue de cent vingt coudées, et, sous la foule des bras nus la poussant et la ramenant, elle avançait et reculait avec une oscillation régulière.

Les autres béliers devant les autres portes commencèrent à se mouvoir. Dans les roues creuses des tympans, on aperçut des hommes qui montaient d’échelon en échelon. Les poulies, les chapiteaux grincèrent, les rideaux de cordages s’abat-