Page:Flaubert - Salammbô.djvu/310

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le rempart. Il était formé par deux murailles et tout rempli de terre ; elles abattaient leurs parties supérieures. Mais les assiégés, chaque fois, les relevaient. Mâtho ordonna de construire des tours en bois qui devaient être aussi hautes que les tours de pierre. On jeta, dans le fossé, du gazon, des pieux, des galets et des chariots avec leurs roues afin de l’emplir plus vite ; avant qu’il fût comblé, l’immense foule des Barbares ondula sur la plaine d’un seul mouvement, et vint battre le pied des murs, comme une mer débordée.

On avança les échelles de corde, les échelles droites et les sambuques, c’est-à-dire deux mâts d’où s’abaissaient, par des palans, une série de bambous que terminait un pont mobile. Elles formaient de nombreuses lignes droites appuyées contre le mur, et les Mercenaires, à la file les uns des autres, montaient en tenant leurs armes à la main. Pas un Carthaginois ne se montrait ; déjà, ils touchaient aux deux tiers du rempart. Les créneaux s’ouvrirent, en vomissant, comme des gueules de dragon, des feux et de la fumée ; le sable s’éparpillait, entrait par le joint des armures ; le pétrole s’attachait aux vêtements ; le plomb liquide sautillait sur les casques, faisait des trous dans les chairs ; une pluie d’étincelles s’éclaboussait contre les visages, et des orbites sans yeux semblaient pleurer des larmes grosses comme des amandes. Des hommes, tout jaunes d’huile, brûlaient par la chevelure. Ils se mettaient à courir, enflammaient les autres. On les étouffait en leur jetant, de loin, sur la face, des manteaux trempés de sang. Quelques-uns qui n’avaient pas de blessure restaient immobiles, plus raides que